Mort

La mort est incontestablement une sortie, peut-être même LA sortie, en tout cas, la dernière semble-t-il. Une sortie quelque peu magistrale puisqu’elle met un point final à toute l’agitation utile ou non qui avait constitutée notre vie. Pour ma part, je n’ai pas de préférence quant à la façon dont cela arrivera. Une sortie banale, discrète, me suffirait largement car ce qui importe est de sortir, non de savoir comment. Toutefois, si j’aborde le sujet, c’est qu’un élément me taraude : celui de l’endroit.

Ma dernière demeure, je la veux à mon image, nomade et inconnue. Quel ennui ce serait de devoir se contenter pour l’éternité d’un seul endroit quand je n’ai pas su, de mon vivant, en choisir un pour plus de six mois. J’ai une facilité déconcertante à me projeter dans des intérieurs qui n’ont pas été dessinés pour moi. Mais ne comptez pas sur moi pour me choisir une demeure propre, et encore moins pour un temps indéterminé. Alors devoir y passer l’éternité, non, définitivement non.

Et pour commencer – ou plutôt pour finir – pas de crémation, non que j’aime les cimetières, mais après avoir passé le plus clair de ma vie à rechercher une sorte d’équilibre énergétique, il n’est pas question d’accepter une telle déperdition. Il me semble bien plus mondain de nourrir la terre qui elle-même a subvenu si longtemps à mes besoins. Un juste retour des choses, après tout, tout ceci ne m’appartient pas, tout vient d’elle. Toutefois, moi qui aime me balader dans la nature, j’ai du mal à me faire à l’idée d’une adresse fixe le long d’une allée de graviers… Entre se voir éparpillée au vent après une combustion ridicule ou se voir enfermée dans la boîte d’un carré sec et surpeuplé même en nourrissant généreusement vers et autres larves, je ne peux me réduire à choisir l’un ou l’autre.

J’ai beau le tourner dans tous les sens, le mieux serait encore un naufrage. Disparue en mer, en voilà un beau programme : une dernière aventure, la mort au gré des marées, et puis la satisfaction de savoir, ou plutôt de ne pas savoir où l’on va finir. Tout bien considéré, c’est encore ce qui me convient le mieux : pas de Terre à scarifier pour un malheureux trou, réceptacle de mes restes, pas d’arbres à guillotiner pour venir à bout de ma carcasse, coulez-moi !

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